Stylo-plumologie II: et l’encre, elle passe par où?

Avec le nom du premier épisode de « stylo-plumologie », il fallait bien se douter que le second allait s’intéresser à la circulation de l’encre dans un stylo! Mais cette fois c’est sur le Sheaffer Snorkel sur lequel nous allons nous pencher.

Hebergeur d'image

Cette réflexion m’est venue après avoir restauré entièrement mon premier snorkel, le Statesman de la photo au dessus. Mon tout premier snorkel, un « special », m’est arrivé restauré mais fonctionnait mal, il a donc lui droit au titre de « mon tout premier snorkel »! Quoi qu’il en soit, il m’a donc fallu deux snorkels avant de me demander: « mais l’encre, elle passe par où? »

Plus spécifiquement, comment l’encre arrive jusqu’à la plume? Parce qu’il n’y a pas besoin d’être stylo-plumologiste (oui correcteur d’orthographe je sais que c’est un mot qui existe pas mais il va falloir faire avec…) pour savoir comment l’encre arrive dans le sac: si on trempe le snorkel dans l’encre pour remplir le stylo, il doit bien avoir une raison!

Encore plus évident quand on démonte le stylo: le sac est bien relié au tube!
Hebergeur d'image

Une inspection un peu plus approfondie du tube permet rapidement de se rendre compte que ce n’est pas un simple tube d’acier inox (ou d’or 14K): il possède des fentes au bout:Hebergeur d'image
Hebergeur d'image

Un autre détail important est la présence d’un conduit en ébonite dans le tube, dont on peut voir le bout sur cette photo:
Hebergeur d'image

Lorsque l’on sort le conduit du tube (c’est possible mais pas recommandé du tout!), on peut mieux voir sa forme: c’est un demi-cylindre avec une fente centrale qui est percé au bout:
Upload images

Le « trou » à l’extrémité du conduit est aligné avec la fente du tube, c’est pour ça que l’on voit à travers dans la photo en gros plan de l’extrémité du tube en vue de dessous.

La dernière pièce du puzzle est le design du conduit. Lorsque l’on regarde le conduit par dessus, on peut voir qu’il y a aussi une fente traversant celui-ci (pas de photo, un schéma fera l’affaire):
Hebergeur d'image

Ça fait un peu beaucoup de fentes quand même! Surtout que lorsque le tube est en position rentré sur le stylo ces fentes s’alignent (encore une fois pas de photo de snorkel, c’est un PFM mais ça marche pareil):
hostingpics.net

Mystère résolu! L’encre part du sac, passe par la fissure du conduit interne du tube, traverse le tube à travers la fente, arrive dans le conduit et rejoint la fissure du conduit et à partir de la peut enfin rejoindre la fente de la plume. Le chemin est illustré en bleu sur le schéma du Brevet du Snorkel (Brevet U.S. 2769427A du 17novembre 1951):
Hebergeur d'image

Voila qui m’avait suffit à l’époque pour comprendre comment l’encre arrive du sac à la pointe de la plume dans un snorkel. L’encre passe donc « par le plafond » du tube, surprenant mais ca marche bien donc…

Sauf qu’en rédigeant cet article certains détails du schéma du brevet mon un peu dérangé: le snorkel représenté est très différent de ceux qui ont été produit, même ceux de première génération. Surtout pour un détail important qui est absent:Hebergeur d'image

Ce petit prolongement du conduit interne du snorkel permet à l’échange air-encre de se faire dans le sac. C’est le genre de détail qui devrait figurer sur un brevet non? Je me suis donc mis à la recherche du brevet du snorkel « de production », et je m’attendais pas à tomber sur une telle mine d’or!

J’ai commencé par, bizarrement, essayer de trouver si il n’y avait pas des brevet précédents… il y en a donc deux:

– Le premier est le brevet US 1,548,502, déposé le 26 janvier 1924 par Ernest F. Attula et attribué le 5 aout 1925. Le Brevet décrit un « self-filler » capable d’être rempli sans avoir à immerger le stylo dans l’encre (C’est bien le mot « pen » et non « nib » qui est utilisé pour décrire ce qui n’est pas immergé). Le stylo est un syringe filler avec un « filling tube » pour le remplir, qui est indépendant du conduit d’encre du conduit:
Hebergeur d'image

– Le second est plus intéressant. Enfin plutôt les deux seconds. Le premier second, brevet U.S. 2,603,189(A) attribué à Mario Segre le 15 Juillet 1952 (dépot le 5 may 1947) décrit un stylo à piston qui se rempli grâce à un « filling tube » qui bouge en même temps que le piston. On remarquera que contrairement au brevet précédent le « filling tube » fait aussi parti du système capillaire du conduit:
Hebergeur d'image

Le second second est une ré-issue du premier second, toujours par Mario Segre de l’Équateur (Brevet RE 23683 attribué le 3 juillet 1953). Mis à part quelques changements dans le texte, le changement le plus notable est a qui sont assigné les droits du brevet: la W. A. Sheaffer Pen Compagny! Sheaffer n’a mis que 3 mois pour racheter le brevet à Mario Segre, la date de soumission est le 31 octobre 1952 pour cette ré-issue. Pour éviter toute concurrence, il suffit de racheter leur brevets!

En ce qui concerne le brevet du snorkel « de production », on n’en trouve pas un mais deux. Chose bizarre ils ont été déposé le même jour, le 1er juin 1954. Il s’agit des brevets US 2,831,460 de Roland L. Brannon (attribué le 22 avril 1958) et US 2,686,273 de Richard J. Mansheim (attribué le 13 janvier 1959). Les deux décrivent le même stylo:

Snorkel « Mansheim »
Hebergeur d'image

Snorkel « Brannon »
Hebergeur d'image

Le brevet de Mansheil possède toutefois plus de schémas, les rails du protège sac sont illustrés par exemple. Idem pour le nombre de « claims », 7 pour Mansheim contre 5 pour Brannon. Par contre la raison des deux brevets déposé le même jour pour le même stylo à quelques choses près reste obscure…

Et pour finir quelques curiosités des brevets de Sheaffer. Lors mes recherches du brevet du snorkel « de production », je suis tombé sur un nombre assez surprenant de brevets des années 50 ayant pour thème le snorkel. « thème » est choisi judicieusement car avec les exemples ci-dessous vous pourrez juger de vous même!

1er: Le snorkel à réservoir fixe. Pas assez compliqué le snorkel? C’est possible de faire mieux et c’est l’objet de ce brevet. L’ensemble sac/protège-sac et joint de sac est fixe contrairement au snorkel « de production », le snorkel sort dans ce cas grâce à un mécanisme à vis (Brevet US 2,799,246):
Hebergeur d'image

2eme: un snorkel à levier. Le snorkel est fixe, c’est la section qui se visse ou se dévisse pour le sortir, ou plutôt le faire apparaitre (Brevet US 2,935,967).
Hebergeur d'image

Passons au choses sérieuses:

3eme: le snorkel « Parker « 51 » aerometric »! Le collecteur, la plume tubulaire, le capot, tout est là! Même la bague sur le corps est identique! Le snorkel sort en tournant le protège sac.
Hebergeur d'image

4eme: le snorkel « capillary filler ». Plutôt logique pour l’époque, on remarquera que le snorkel est dans le même matériaux que celui qui rempli réservoir. Parker a aussi un brevet pour le 61 dans lequel le matériau du réservoir joue aussi le rôle de conduit (brevet U.S. 2,774,332). Il existe deux brevets de snorkel « capillary », US 2,784,699 et US 2,942,576. Le schéma ci-dessous est la première version, qui date de 1952:
Hebergeur d'image

Et pour finir:

5ème: Le snorkel « capless »!
Hebergeur d'image

Sheaffer semble avoir beaucoup travaillé sur le sujet, en plus des 5 brevets que j’ai trouvé il existe aussi des dessins industriels du rendu du stylo. Deux des brevets sont d’ailleurs des PFM. Le schéma d’au dessus provient du brevet U.S. 2,957,452 déposé en septembre 1956 et attribué en octobre 1960. Le premier brevet de Pilot pour le vanishing point a pour date de dépot le 2 janvier 1963, Sheaffer était donc sur le coup bien avant! Le stylo n’a jamais été produit, ce qui est dommage car un snorkel capless ça aurait été pas mal (le mot « capless » est bien utilisé dans le brevet!). Surtout qu’il n’y aurait pas eu de problème de clip mal placé! La plume est emboité sur le bout du snorkel, elle est indiqué par le numéro 32 sur le schéma.

Bonus: Snorkel Capless capillary filler. Parce que « et pourquoi pas? »!!! Même brevet qu’au dessus.

Hebergeur d'image

Voila pour ce second épisode de stylo-plumologie consacré au snorkel.

 

Publicités

Une réflexion au sujet de « Stylo-plumologie II: et l’encre, elle passe par où? »

  1. Ping : Snorkel à haut débit | Stylos plume: le blog de GG917

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s