Stylo-plumologie III: Aero-metric… C’est pour mesurer l’air?

« Aero-metric » est l’un de ces termes qui porte souvent à confusion. Il est très souvent utilisé pour décrire le mode de remplissage d’un stylo-plume qui la plupart du temps n’est pas aero-metric… Par exemple, combien(s) de ces quatre stylos sont aero-metric?
hostingpics.net de gauche à droite: Pilot Custom 74 + CON-20, Parker 45 avec convertisseur, Hero 616, Parker « 21 » super.

La réponse correcte est aucun. Ce sont tous des squeeze-filler mais aucun n’est aero-metric. Un stylo aero-metric est forcement un squeeze-filler mais un squeeze-filler n’est pas forcement aero-metric. C’est pourtant simple! Non?

Bon…

Procédons par étapes pour comprendre pourquoi aucun de ces stylos n’est aero-metric.

L’ensemble des caractéristiques qui font qu’un système de remplissage est aero-metric sont décrites dans le brevet US 2,612,867 assigné à Marlin S. Baker le 7 Octobre 1952 (déposé le 23 aout 1948). Il s’agit du brevet pour le Parker « 51 » aero-metric (logique!) et deux caractéristiques sont importantes pour pouvoir qualifier un stylo d’aero-metric:

– Le système de remplissage est de type squeeze-filler (un sac entouré d’un protège sac équipé d’un barre de pression, l’utilisateur presse sur cette barre pour remplir le stylo)
– un breather tube faisant quasiment toute la longueur du sac et permettant la régulation de la pression à l’intérieur du sac lorsque le stylo est à la verticale, plume vers le haut.

On notera que l’ensemble plume/conduit n’a aucune importance dans le fait qu’un stylo soit aero-metric ou pas. Tous les stylos aero-metric sont équipé d’un système plume/conduit/collecteur contenu sous un capot avec juste l’extrémité de la plume émergeant de ce dernier mais cette caractéristique n’entre pas en ligne de compte pour définir une stylo d’aero-metric ou pas. Seul le système de remplissage est concerné, pas celui permettant de délivrer l’encre sur le papier.

Donc pour revenir au quatre stylos du début:

Le Custom 74 et le Parker 45 n’ont pas de breather tube. Ils n’ont qu’une caractéristique sur les deux nécessaires, leur convertisseur en fait des squeeze-filler. Enlevez le convertisseur et ils deviennent de simples stylos à cartouches!
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Le cas du Hero 616 et Parker « 21 » super (valable aussi pour le « 51 » Mk III, « 21 » et 41) est un peu plus complexe et nécessite d’aller voir à l’intérieur du stylo pour faire la différence. D’extérieur, mis à part des protèges sac de design différents, les stylos paraissent identiques à un Parker « 51 » Mk I, qui lui est bien aero-metric:
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C’est surement ce point qui induit le plus de confusion: ils ressemblent au « 51 » Mk I et II mais ne sont pas aero-metric. La longueur du breather tube du « 21 » n’est pas en accord avec les caractéristiques d’un aero-metric et en fait donc un simple squeeze-filler:
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Le Hero 616 pourrait être aero-metric mais le breather tube, bien que de la bonne longueur, ne permet pas la régulation de la pression dans le réservoir. La différence est subtile:
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En zoomant un peut elle devient bien plus visible:
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C’est ce petit trou dans la paroi du breather tube qui est la clé du système. Sans lui la régulation de la pression entre l’interieur du réservoir et le milieu extérieur n’est pas possible. Car le but du système aero-metric est d’éviter ce genre de problème:
Hebergeur d'imageUne baisse de la pression extérieure, telle que lorsque l’altitude augmente, a pour effet de faire dilater la poche d’air contenue dans le réservoir. Or, le chemin présentant le moins de résistance pour l’air n’est pas celui empruntant les capillaires du conduit mais celui par le breather tube. Au lieu d’expulser juste le peu d’encre contenu de la conduit qui serait facilement absorbé par les ailettes du conduit, l’air en se dilatant pousse l’encre par le breather tube se qui peut au final vider le stylo de toute son encre!

Avec le trou aero-metric sur la paroi du breather tube et celui-ci localisé dans la poche d’air du réservoir, l’air passe par le trou aero-metric et ainsi la surpression qui se crée est évacué par le circuit « air » de l’ensemble collecteur/conduit (voir Stylo-plumologie I pour une explication détaillé du trajet de l’air dans le collecteur). Ainsi le réservoir reste constamment à la même pression que l’extérieur, aucune surpression ne se crée ce qui évite toute fuite. Comme une soupape, sauf qu’elle fonctionne en prise directe. Le capuchon étant ventilé il n’y a pas d’obstacle à la circulation de l’air. Le peu d’encre qui serait éventuellement resté bloqué en amont de l’air qui cherche à s’échapper du réservoir sera absorbé par le collecteur.

Simple?

Pas exactement. Dans le principe oui, mais la réalisation d’un système aero-metric fonctionnel demande une certaine attention au niveau du breather tube. Le but d’un breather tube est de pouvoir remplir le réservoir quasiment au maximum en actionnant le système de remplissage plusieurs fois. C’est pour cela qu’il fait quasiment toute la longueur du sac. Par contre si on fait un trou dans la paroi du tube au niveau du conduit il devient inopérant: c’est comme si il n’y avait pas de breather tube. Il faut donc que la résistance à l’écoulement de l’air soit moins importante lorsque l’air passe par l’intérieur du breather tube comparé à lorsque l’air passe par le trou aero-metric. Donc le trou doit être le plus petit possible. Par contre lorsque le stylo est à la verticale et plume vers le haut, il faut que la résistance à l’écoulement de l’encre dans le tube soit supérieure à celle de l’air pour s’échapper à l’extérieur du stylo par le trou aero-metric. Donc le trou doit être le plus gros possible, sinon malgré le trou aero-metric l’effet sera le même que lorsqu’il n’y en avait pas.

Même si les critères semblent opposés, le fait qu’ils le soit avec deux fluides différents (l’air et l’encre) amène une solution simple: le trou aero-metric doit être de diamètre plus faible que le diamètre interne du tube. En pratique le rapport est d’environ 2, le diamètre interne du tube reste faible pour avoir la résistance à l’écoulement de l’encre nécessaire. Il suffit que l’une des dimension soit mal jugée et le système ne fonctionne plus. Prenons le cas du Hero 100 par exemple:

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La photo au dessus est le trou aero-metric d’origine. Bien que tous les critères soient remplis, le remplissage se faisait mal: le trou est de diamètre trop important et il est mal réalisé: la moitié du diamètre du tube était obstrué à son niveau car le trou n’est pas foré mais poinçonné. La conséquence était que le stylo ne remplissait pas complétement, le breather tube n’était donc pas fonctionnel. Cela n’empêchait pas la régulation de pression de se faire par contre.

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La seconde phot est le tube modifié: comme les dimensions sont identiques à celles des « 51 », cela avait un coté pratique! Le stylo est toujours aero-metric, mais maintenant il se rempli comme il faut. Le Hero 616 est un cas similaire: juste à un petit trou près d’être aero-metric:

hostingpics.netLe tube de droite est modifié pour être aero-metric.

Maintenant que le système aero-metric n’a plus de secret et n’est pas aussi simple que « ça ressemble à un Parker « 51 » aero-metric », il est temps de trouver la cause de cette confusion squeeze-filler/aero-metric.

Lorsque Parker a lancé le « 51 » aero-metric en 1948 le système de remplissage ne se nommait pas aero-metric mais « foto-fill »:
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Un zoom permet de lire facilement les nouvelles propriétés de ce nouveau « 51 »:
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Le terme « aero-metric » n’apparait que pour le « hi-flite leak prevention » qui fonctionne par « aero-metric control ». Parker était particulièrement fier de cette invention (il y avait de quoi!), une page entière est dédié juste à lui dans le catalogue 1949:

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Il est aussi décrit dans un dépliant du « 51 » aero-metric:
Hebergeur d'image

Sur certaines publicités il est d’ailleurs possible de voir le trou aero-metric sur le breather tube:
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Toutefois cette suite de noms pour décrire au final juste le système de remplissage a été changé en 1950 par le « aero-metric ink system », bien plus simple:
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Le problème est venu avec le Parker « 21 ». Conçu pour ressembler au « 51 » tout en ayant un prix contenu, il était équipé d’une version simplifiée système « foto-fill » qui équipait les « 51 ». Lorsque ces derniers ont vu l’appellation de leur système de remplissage changer, les « 21 » ont suivi le pas bien que n’ayant pas le système de régulation de pression. Si les « 21 » avaient gardé appellation « foto-fill » la confusion aurait été évitée mais le département marketing en a décidé autrement. En 1957, le « 21 » super était bien décrit comme équipé du « aero-metric ink system »:
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Blâmer Parker pour la confusion aeo-metric/squeeze-filler est toutefois un peu facile. Les documents internes montrent bien qu’ils savaient qu’il existait une distinction entre les « 51 » aerometric et ceux qui ne le sont pas, comme le prouve cette liste de pièces détachées:
hostingpics.netLe « 51 » standard est le « 51 » special qui est un squeeze filler, le demi « 51 » standard est celui avec le protège sac somme sur le « 21 ».

L’explication la plus logique est que la non-distinction par Parker entre les stylos aero-metric et ceux qui ne le sont pas a ensuite été propagé par les collectionneurs. Comme tous les stylos décrits comme aero-metric par Parker avait le même aspect général de protège sac, un amalgame c’est fait et existe malheureusement toujours aujourd’hui.

Voila pour ce troisième volet de stylo-plumologie qui j’espère permettra de clarifier les choses sur le système aerometric qui au final n’équipe pas tant de stylos que ça!

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8 réflexions au sujet de « Stylo-plumologie III: Aero-metric… C’est pour mesurer l’air? »

    1. spgg917 Auteur de l’article

      Pas vraiment, designer par « vacumatic » le système de remplissage qui équipe les stylos du même nom ainsi que certains « 51 » et Duofold n’est pas forcément un abus de language. Vacumatic désigne principalement les stylos (« Parker Vacumatic »), le terme a ensuite été transposé pour designer le système de remplissage de ces stylos (« vacumatic filling system »). Parker a utilisé de nombreuses appellations pour le remplissage Vacumatic (sacless filler, one-hand filler, One hand vacumatic filler, vac-fill, vacuum filler, vacumatic filling, diaphragm filler etc…) sans toutefois nommer par vacumatic les « 51 » ou les Duofold « duovac ». Ces derniers sont nommés « 51 » vac-fill et Duofold sacless dans la littérature de Parker. Mais dire qu’ils sont vacumatic n’est pas forcement une erreur car leur système de remplissage est identique à celui des Vacumatic et parfois nommé en tant que tel.
      Le problème est donc différent comparé à « aero-metric » (couramment « aerometric ») qui est souvent utilisé pour décrire un système de remplissage qui n’a le plus souvent que l’aspect extérieur du « vrai » aero-metric.

      Répondre
    1. spgg917 Auteur de l’article

      Pas dans l’immédiat, j’attends pour voir la tenue de la modification dans la durée. La modification avait été motivé par la casse du joint suite à une erreur de ma part et la difficulté de se procurer des pièces de remplacement. Elle n’est donc pas forcément nécessaire, le stylo fonctionne convenablement sans elle. Un bon nettoyage avant le premier encrage est par contre nécessaire.

      Répondre
      1. LeGaulois

        J’attends la livraison d’un Hero 100.
        Avez vous déjà publié votre recette de votre premier nettoyage avant mise en service ?
        Merci,

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